A la une >>

Logement et hébergement

L’habitat participatif pour construire autrement

Publié le mercredi 10 juin 2015

L’habitat participatif se développe partout en France. La loi ALUR a créé le statut juridique de cette nouvelle forme d’habitat, dans laquelle les habitants conçoivent leurs logements et la vie qui va avec.

Habitat participatif : mode d’emploi

10 juin 2015 | Mis à jour le 2 octobre 2015

L’habitat participatif permet à des groupes de personnes de construire leur logements et de partager un mode de vie plus écolo et plus communautaire, à moindre coût. La loi ALUR a créé un cadre juridique pour ce nouveau mode d’habitat.

Pour se loger, on peut louer ou acheter sa maison ou son appartement, on peut aussi prendre part à un groupe d’habitat participatif.

L’idée est simple : se mettre à plusieurs pour trouver un terrain, concevoir les logements en les adaptant aux besoins et au goût de chacun, et surtout imaginer une manière de vivre autrement, plus écolo, plus communautaire… Il va s’agir, non seulement, de créer son logement, mais aussi d’imaginer la vie collective qui s’organise dans cet ensemble. 

Habitat participatif : un nouveau mode de logement « sur-mesure »

Dans un groupe d’habitat participatif, on ne fait pas dans l’appartement standard, préfabriqué, reproductible à l’infini : on imagine et on produit du sur mesure adapté aux besoins et à la vie de tous. Pas question dans un immeuble « participatif » de ne pas connaître ses voisins. Chacun vit chez lui, mais une partie de la vie est imaginée en commun dès le départ : on décide ensemble, on partage des modes de vie et des espaces communs...
A Strasbourg, par exemple, un groupe a décidé de réduire au maximum les déchets du chantier. Résultat : à peine une brouette de gravats. À quelques rues de là, d’autres ont choisi de réinterpréter la maison à colombages alsaciens ou encore de destiner un des trois étages du bâtiment aux enfants. Questions d‘envie commune et de choix.

Le développement durable au cœur du projet

Si la notion de « vivre autrement » est fondatrice de l’habitat participatif, le développement durable en est aussi l’un de ses piliers. Le projet d’habitat s’élabore en appliquant au plus près ses préceptes : orientation du bâti, sources de chaleur renouvelables, gestion des déchets, choix des matériaux...
Dans ce type de projets, les jardins se partagent, la terrasse du dernier étage peut être commune ou pas. On peut décider, comme à Bruxelles dans le projet Brutopia, de disposer d’une voiture à partager entre les habitants mais de mettre à disposition un parking de 80 places pour les vélos.

A Montpellier, dans le projet Mascobado, les chambres d’amis sont des espaces communs que l’on « privatise » au gré des visites.

Loi ALUR : cadre juridique de l’habitat participatif

Les nouveautés introduites par la loi ALUR, sont attendues par les groupes d’habitants. Il est en effet imépratif de sécuriser juridiquement et financièrement les opérations. Si un membre est défaillant dans les remboursements de son crédit ou dans le remboursement des charges, c’est la communauté qui s’en trouve affaiblie. Tous ces accros doivent être anticipés. Il faut également pouvoir revendre, mettre en location sans mettre en péril la communauté.

Financièrement, ces opérations permettent de construire à coût maîtrisé : à Montpellier l’opération Mascobado tourne autour de 3 200 euros du m2, parking compris, certains projets de centre ville de Strasbourg autour de 2 700 euros. Quant à Brutopia, le sous groupe finances a permis une fourchette de prix allant de 1 200 à 2200 euros le m2 pour un logement à énergie passive dans le centre de Bruxelles.

Alors bien sûr, « devenir acteur de son logement et non plus consommateur », implique une bonne dose de patience. C’est une aventure : trouver un terrain, un notaire, un bailleur si besoin, cela exige de vivre son projet au long cours et de s’impliquer fortement. Souvent plus de deux ans avant de pouvoir entrer dans son logement. Devenir membre d’un groupe d’habitat participatif, cela signifie également sacrifier certains de ses week- end à la concertation, passer des soirées à monter des cahiers des charges ou à analyser des plans... "Les gens des groupes viennent pour habiter pas pour construire", résume Stéfan Singer, accompagnateur du projet Mascobado à Montpellier.

Allemagne, Suisse, Norvège : pionniers de l’habitat participatif

Si l’habitat participatif émerge en France, il est déjà très développé en Allemagne, en Suisse ou en Norvège.
En Suisse, on estime à 5 % le parc immobilier construit sur ce mode, soit 130 000 logements.
En Norvège, les chiffres tournent autour de 15 % du parc. La palme revenant à Oslo avec ses 40 % de son parc ou à Tübingen en Allemagne où plus de 80 % des logements neufs sont construits en habitat participatif.