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Aménagement et urbanisme

Grand Prix de l’urbanisme

Publié le lundi 2 mai 2016

Le Grand Prix de l’urbanisme, décerné par un jury international, récompense chaque année des acteurs importants de la ville et ville durable. Ce prix est également l’occasion de débattre et de dégager de nouvelles pistes pour l’avenir.

Grand Prix de l’urbanisme 2011

9 septembre 2013 | Mis à jour le 15 décembre 2014

Le Grand Prix de l’urbanisme 2011 a été décerné à Michel Desvigne, et un Grand Prix spécial a été remis à Joan Busquets, le 5 mai 2011.

Grand Prix de l’urbanisme 2011

Grand Prix de l’urbanisme 2011 -

Le Grand Prix de l’urbanisme 2011 décerné à Michel Desvigne


Le jury international a souhaité mettre en lumière ce paysagiste de talent reconnu internationalement, qui confirme son statut d’urbaniste à part entière et sa posture théorique, fondée sur les enseignements du paysagiste américain Olmsted, pour préparer les territoires à leurs vocations futures, et intégrer l’ensemble des exigences du développement durable dans la conception des projets.

Michel Desvigne, est né à Montbéliard en 1958. II exerce son activité en France et dansplusieurs pays européens mais aussi aux États Unis, Chine, Japon, Qatar...

Il développe un mode d’exercice allant du jardin (comme celui des logements de Renzo Piano rue de Meaux), des parcs tels celui du Millenium à Londres, à des plans directeurs pour l’entrée de ville à Montpellier, à l’aménagement de la rive droite à Bordeaux, ou encore à l’aménagement de la place de Dallas entre Opéra et Théâtre, l’ensemble des espaces publics de Lyon Confluence comme de ceux de la petite île à Anvers et ceux du vieux port de Marseille.

Il a contribué au Grand Paris dans le cadre de l’équipe Jean Nouvel où il a développé son travail sur la lisière épaisse, lieu de vie entre ville et campagne, le rapport entre ville construite et nature, avec la recherche d’une complicité entre ville et agriculture, comme il l’avait fait à Cergy Pontoise et à Issoudun.

Il est homme de concepts, d’intuitions et sent fortement les sites pour lesquels il propose les fils conducteurs de leur futur aménagement. Lauréat de la consultation pour le plateau de Saclay, il fonde le projet d’aménagement sur le durable, l’eau, la géographie, la mobilité, à une échelle de projet inusitée à ce jour, 7.000 ha. Il conduit également l’équipe lauréate en charge du projet d’Euralens autour du futur Louvre où il créée les bases de la régénération urbaine et de la densification en s’appuyant sur la mémoire du pays minier. Il a enseigné à Harvard et préside le conseil d’administration de l’école nationale du paysage. Son dernier ouvrage présente ses multiples réalisations et sa démarche intellectuelle : « Natures intermédiaires ».

Le Grand Prix spécial à Joan Busquets

Joan Busquets, architecte urbaniste catalan, est né en 1946 à Barcelone. Il est professeur à l’université de Harvard depuis 2002 après avoir enseigné à Barcelone. Il a dirigé l’urbanisme de Barcelone pendant la décennie 90, années exceptionnelles de l’après dictature, où il a initié une transformation urbaine de la ville par l’espace public et élaboré le concept de nouvelle centralités.

Il a travaillé depuis sur de nombreux projets : à Tolède, Lleida, la Haye aux Pays Bas, le Chiado à Lisbonne avec Alvaro Siza, ainsi qu’un projet urbain entre expo et gare à Lisbonne. Intervenant à Trento, Alghero, Marseille, Rotterdam, Sao Paolo ou à Singapour, il est également présent en France sur les Hauts de Rouen, le centre de Toulouse et Dunkerque.

Urbaniste complet, il prône le lien entre planification stratégique et projet urbain comme à la Corogne. Auteur de nombreux ouvrages, il a dirigé en 2007 un ouvrage réunissant des conférences de concepteurs internationaux brossant ainsi un portrait de l’urbanisme mondial « City X lines, a new lens for the urbanistic project ».

Spécialiste de l’histoire barcelonaise, il a récemment dirigé une exposition sur Cerdà au Centre de Culture Contemporaine et publié un ouvrage sur l’inventeur du terme « urbanisme ». Il a reçu le Prix Erasmus en 2011, prix attribué par la maison royale Néerlandaise reconnaissant la dimension culturelle de ses interventions d’Urbanisme.

Le jury a souhaité saluer ce talent multiforme, alliant planification et projet urbain, acteur émi nent aux côtés des élus de la transformation spectaculaire de Barcelone qui reste un phare de l’urbanisme contemporain. Il a souligné l’impact de ses concepts, méthodes et projets sur l’urbanisme européen, ainsi que sa capacité à défendre un urbanisme de projet européen contemporain. Ces deux prix témoignent de la dimension internationale du grand prix de l’urbanisme.

Les débats du Grand Prix de l’urbanisme


Ouverture, par Jean-Marc Michel, directeur de l’Aménagement, du Logement et de la Nature.
« Ces rencontres sont l’occasion de valoriser des hommes et des femmes qui créent des nouveautés en matière d’urbanisme et aussi une occasion de nous enrichir à leur contact pour faire en sorte que dans nos 36 000 communes, l’urbanisme ne soit pas seulement un urbanisme de planification, mais un urbanisme de projet, un urbanisme de stratégie, un urbanisme autour du vivant. »

Présentation des débats, par Ariella Masboungi, direction générale de l’Aménagement, du Logement et de la Nature.
« Il paraissait souhaitable que les candidats au Grand Prix de l’urbanisme aient une ouverture internationale pour montrer à quel point les questions d’urbanisme sont universelles. Les deux lauréats ont des profils très internationaux tout en étant très ancrés dans une culture. Michel Desvigne est très français et Joan Busquets très barcelonais. Un peu comme le meilleur cinéma ou la meilleure littérature, c’est en étant ancré dans une culture que l’on peut être le plus rayonnant, le plus international possible. »


Articuler plan et projet

Introduction par Joan Busquets. « L’urbanisme est surtout une question d’idées. On imagine parfois que, si l’on a pas de planification stratégique, on ne peut pas faire de projet urbain. Ce n’est pas vrai. Car les projets urbains sont parfois les éléments démonstratifs d’une planification stratégique qui pourrait être réalisable. A Barcelone, nous avons commencé par faire des actions, puis nous avons fabriqué le schéma stratégique et d’autres actions. Ce mécanisme de travail est très efficace. »

Maria Rubert de Ventós, architecte urbaniste, Barcelone.
« Le travail de Joan Busquets montre qu’un bon projet d’urbanisme est nécessairement un effort d’imagination et de synthèse. Le projet doit comprendre ce qui est là et en tenir compte. C’est la capacité d’écouter, de comprendre les enjeux des lieux, d’organiser et de mettre ensemble différentes propositions variées, même contradictoires, qui donne aux projets leur brillance et leur signification. »

Manuel Salgado, architecte et maire adjoint de Lisbonne.
« A Lisbonne, nous ne savions pas comment passer à la pratique. Joan Busquets nous a aidé à raisonner sur la ville. Cette idée de planification stratégique, plutôt que de plan, et de projet, conçu en tant que moyen de mettre en pratique des actions constitue une leçon fondamentale que l’on a appris du travail de Joan Busquets, qui connaît mieux Lisbonne que nous nous-mêmes. Il nous a aidé à trouver d’autres chemins, d’autres idées. Joan Busquets appelle projet urbanistique le rapport entre planification stratégique et projet urbain. L’idée est que des résultats de l’imagination au niveau local peuvent monter et influencer la stratégie générale et que la stratégique générale permet d’établir des priorités et des modes de financement et de négociation. »

Maîtrise d’ouvrage et projet urbain

Introduction par Michel Desvigne.
« Je crois que la formulation de la commande relève d’un travail créatif, d’un travail d’urbaniste et qu’elle est largement aussi importante que les réponses que les maîtres d’œuvre sont capables de faire. Non, je ne me résignerai pas à une commande qui me contraindrait à produire des plans masse à grande échelle. Je crois que l’on peut imaginer une commande plus intelligente. ». « Des commandes où il y aurait une action physique à l’échelle territoriale est inenvisageable aujourd’hui aux Etats-Unis. En France, parce qu’il y a une commande publique forte, on peut s’interroger collectivement sur la forme de notre territoire, sur les recompositions de nos territoires. »

Michèle Larüe-Charlus, directrice de l’urbanisme de Bordeaux.
« Le génie de Michel Desvigne est de laisser au temps la capacité de s’inscrire dans les esprits. A Bordeaux, le parc aux Angéliques, sur lequel il œuvre depuis 15 ans sans mission précise, est la structure de la rive droite aujourd’hui. Culturellement, la rive droite est définitivement ancrée. Cela n’aurait pas été le cas si, en 3 ans, il avait réalisé 50 hectares de parc. Pour moi, Michel Corajoud, c’est l’espace, Michel Desvigne, c’est le temps. »

Jean-Louis Subileau, « La fabrique de la ville ». « Les schémas d’urbanisme sont souvent trop bien définis. En revanche la maîtrise d’ouvrage de l’urbanisme, la conduite de l’urbanisme, est souvent trop mal définie. La plupart du temps on se débat devant des difficultés dues à des systèmes de gouvernance défectueux. ». « La grande qualité des paysagistes est qu’ils ne dessinent pas des plans de villes finies. »

Pierre Veltz, président-directeur général de l’établissement public Paris-Saclay.
« A Saclay, l’idée est assez vite venue que la géographie pouvait constituer des éléments moteurs. Dans le dialogue compétitif qui allait s’engager avec l’accord-cadre, il était important de ne pas spécifier que l’architecte urbanisme serait forcément le mandataire du groupe, pour permettre au paysagiste de l’être. »
« A Paris-Saclay ou à Euralens, j’ai vu la force de Michel Desvigne qui a su très vite instauré un dialogue avec les élus : en quelques mots, par sa vision, sa manière très élégante, sa retenue, ses hésitations aussi. Il sait faire découvrir aux élus la qualité de leur territoire. »
« La grande révolution, c’est qu’il n’y a que du plein. Le paysage n’est pas du vide, ce n’est pas un fond de carte. Dans le plein du paysage, où tout a sa fonctionnalité, sa raison d’être, sa dynamique. »


Comment traverser les échelles

Introduction par Michel Desvigne.
« Comment un projet de paysage s’inscrit dans une grande machine d’architectes ? Et à l’inverse, comment un architecte va créer des situations dans les géographies que nous amplifions, que nous inventons ? J’ai la conviction que ces regards croisés sont nécessaires. Si je pense avoir la capacité d’inventer une géographie, je pense que je n’ai pas toujours, seul, la possibilité d’y installer de véritables lieux, car ces lieux sont d’une autre échelle, ils sont d’un autre point de vue. »

Christine Binswanger, Herzog et de Meuron architectes.
« Architecture et paysagisme sont dépendants les uns des autres dans un plan d’urbanisme.
“Collaboration” est un slogan. Avec Michel Desvigne pourtant, nous travaillons pour de vrai. Nous observons, discutons et défions les limites de nos approches respectives. Les résultats en sont plus intenses. Les idées de Michel Desvigne sont étonnamment simples et libres de toute appréhension de grande échelle ou de répétitions. Il y a dans ses projets une relation exquise entre grand geste et moindre détail. Les plantes sont les protagonistes, et non pas leur “arrangement”. Il pense aux gens qui vont utiliser les espaces. Il s’intéresse tout autant à la normalité qu’au naturel.
L’urbanisme est une discipline où de nombreux acteurs et intérêts doivent s’accorder. Dans ce domaine, la personnalité compte beaucoup. J’admire la manière dont Michel Desvigne reste calme. Sa confiance. Sa façon de se concentrer sur son rôle et de permettre aux autres de remplir le leur. Son mélange de charme, d’humour et de sincérité font de lui un grand “facilitateur” ».

Inessa Hansch, architecte.
« Quand j’arrive dans un projet de paysage de Michel Desvigne, en créant un mobilier urbain par exemple, j’apporte une nouvelle exigence, une exigence à une autre échelle pour créer des lieux, pour s’approprier l’espace public. Ce qui m’intéresse c’est de proposer une mise en situation dans l’espace, faire que le mobilier soit toujours singulier non pas dans son design seulement mais dans le fait qu’il révèle une géographie, qu’il révèle une architecture. »


L’urbanisme et les paysagistes – Regard sur le travail de Michel Desvigne.

Alexandre Chemetoff, paysagiste, Grand Prix de l’urbanisme 2000.
« Le jardin provisoire de l’île Seguin ré-ouvre un espace de démocratie et permet de se poser la question de l’avenir du lieu. La frugalité d’expression, le fait que, puisqu’il est provisoire, il est moins important, qu’il est moins dessiné ou plus justement dessiné, qu’il échappe à un tas de choses convenues, qu’il est de caractère simple, repose la question de l’usage avant la forme. Les gens qui viennent dans ce jardin se trouvent tout à fait bien. Ils sont bien parce que le lieu est sans importance. Il est redevenu accessible à tous. C’est dans cet espace, dans cette parenthèse que se refonde une sorte de force d’expression, une véritable esthétique de l’espace public, puisque au sens fort il a été créé un espace public, c’est-à-dire un lieu de discussion, un point de vue. »


Contribution de Michel Corajoud au débat. (PDF- 98.8 ko)


« J’aime chez toi le terme que tu emploies, sans, cesse : AMPLIFIER. J’utilise moi-même celui d’INTENSIFIER qui est, me semble-t-il, son voisin. Tu sembles avoir adopté avec force cette idée de l’amplification à propos des œuvres paysagères de Frederick Law Olmsted : cette nature amplifiée des parcs américains que tu as longuement fréquentés. »

Sébastien Marot, philosophe.
C’est plutôt l’inquiétude qui me frappe aujourd’hui chez Michel Desvigne – une inquiétude maîtrisée qui prépare, en se gardant de prophétiser ce qu’elle prépare vraiment, qui veut croire à l’ambition métropolitaine, à l’intensification comme la seule option qui puisse être raisonnablement avancée, mais qui n’y parvient pas tout à fait et qui préfère la déshabiller, la réduire au geste minimum de sa préparation, ne la porter qu’au stade liminaire où elle pourrait changer de signe et s’accommoder d’un futur diamétralement opposé. Ce futur serait la démétropolisation, la dispersion, la relocalisation et l’exode urbain – hypothèse que la gravité de la problématique environnementale, énergétique et climatique ne permet pas totalement d’écarter. C’est ainsi que je comprends, non la théorisation de l’impuissance, mais la théorie de l’inachèvement revendiquée. »