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Etat des lieux

13 mars 2015 | Mis à jour le 9 février 2016

Depuis 50 ans, les espaces de faible densité, qui étaient ceux de la France rurale de l’après-guerre, se sont largement transformés. Aujourd’hui, selon l’INSEE, 95 % des Français vivent dans des communes sous influence urbaine, parmi lesquels 65 % dans un pôle urbain et 30 % dans les espaces périurbains, soit, respectivement, plus de 42 et 19 millions de personnes. Les Français ne sont plus que 5 % à habiter des communes en dehors de l’influence des villes. L’urbanisation, qui a fortement marqué la société française, s’est accompagnée d’une homogénéisation des modes de vie et de consommation comme des attentes des citoyens en termes de mobilité, de connectivité, de services, d’égalité des chances. Elle brouille les représentations à partir desquelles les politiques d’aménagement ont souvent été construites.

La place des nouvelles ruralités dans la France contemporaine

L’opposition « urbain – rural » continue d’imprégner les esprits, alors que les relations et les interdépendances qui lient la plupart des villes aux campagnes via l’augmentation des mobilités et des échanges pour le développement, l’accès au travail, à l’enseignement, aux loisirs, sont de plus en plus fortes. C’est ainsi que les attentes de certains des habitants de ces « nouvelles ruralités » sont liées à leur origine urbaine. Il faut chercher à y répondre tout en ayant conscience qu’elles peuvent être difficiles à satisfaire là où la densité de population et les ressources sont bien différentes de celles des villes.

Dans ce contexte, les mécanismes de péréquation et de redistribution nationale qui ont, parallèlement aux politiques d’aménagement et aux politiques sectorielles, favorisé le développement de tous les territoires depuis 20 ans, doivent être revus pour faire face aux nouvelles ruralités. Ce sont aussi des territoires de projet avec des habitants engagés et volontaires pour inventer de nouvelles formes de développement, différentes, mais d’intérêt égal, le plus souvent complémentaires à celles portées par les pôles urbains.

Des nouvelles ruralités diversifiées

Si on les regroupe avec les espaces périurbains avec lesquels elles partagent une densité de population relativement faible (< 140 hab./ km²), les campagnes sont fortes de plus de 27,4 millions d’habitants.

Les campagnes se transforment et les nouveaux modes de mobilité et le numérique créent de nouveaux liens avec les villes. En fonction de leurs atouts et de leurs spécificités, elles adoptent des trajectoires très variées. On distingue trois grands profils.

Les campagnes denses des villes, du littoral et des vallées urbanisées connaissent une forte croissance de leur population (16,6 millions d’habitants) et un développement important de leur économie présentielle grâce au dynamisme des villes qui les animent et dont elles contribuent largement à l’attractivité.

Les campagnes agricoles et industrielles se situent en périphérie plus lointaine des pôles urbains, plutôt dans la partie nord du pays. Les populations (5,6 millions d’habitants) y ont des niveaux de qualification faibles et un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale. Leur proximité avec de grands centres urbains permet toutefois des développements fructueux.

Quant aux campagnes à très faible densité (5,2 millions d’habitants), localisées plutôt dans le centre et le sud du pays, elles connaissent un brassage de populations. Leur vieillissement est important, le niveau de revenu et l’accessibilité aux services courants, très en-dessous de la moyenne française. L’émergence de nouveaux modes de communication permet un développement qui valorise leurs qualités paysagères et environnementales.

Les fragilités propres aux territoires ruraux

Forces vives des territoires, les 18-24 ans sont moins nombreux dans les espaces périurbains et ruraux. Ils représentent environ 6 % de la population contre 10 % ou plus dans les grands pôles. La poursuite des études supérieures ou l’accès à l’emploi expliquent leur départ souvent définitif vers les grandes agglomérations. Les campagnes connaissent des situations plus ou moins accentuées de vieillissement. Certaines sont attractives pour les retraités disposant de ressources, dans le Sud et dans l’Ouest et sont porteuses d’un certain dynamisme. D’autres sont marquées par une natalité faible, le départ des jeunes et un vieillissement des populations locales. Ces campagnes sont souvent les plus fragiles en particulier dans le centre du pays. Cette géographie se renforcera dans les années à venir, avec une augmentation des plus de 65 ans de 17 % à 25,7 % d’ici 2040.

La distribution des emplois sur le territoire national est très inégale. La moitié des postes et les plus fortes progressions de 1999 à 2011 se concentrent dans les plus grandes zones d’emploi. En revanche, l’emploi recule dans le pourtour du bassin parisien, le nord-est et le centre.

Aux cours de cette décennie, les territoires ruraux ont été particulièrement affectés, les aires urbaines des grandes villes étant davantage épargnées, l’écart pouvant aller de 1 à 6 en termes de revenu fiscal médian par unité de consommation. Il ne faut pas en déduire une opposition binaire entre villes et campagnes compte-tenu de l’écart du coût de la vie. Par ailleurs, c’est aussi au sein des grandes aires urbaines que se concentrent le plus grand nombre de pauvres (36 % dans les quartiers prioritaires de la ville). Plus homogènes socialement, les espaces périurbains éloignés et ruraux ont des niveaux de revenu plus faibles et qui décroissent de manière proportionnelle à leur distance à la ville. Ces campagnes sont par ailleurs confrontées à l’arrivée de populations qui trouvent dans les campagnes des conditions de vie moins onéreuses.

La santé, l’éducation, la culture, les transports ou les commerces sont des services essentiels au quotidien. Leur accessibilité est globalement satisfaisante en France métropolitaine, 96 % des Français pouvant les rejoindre en moins de 20 minutes. La situation reste difficile pour les populations en montagne, dans des campagnes isolées. En matière d’accès aux soins de proximité, la majorité des Français est à moins de 5 minutes en voiture d’un service de santé de proximité mais 4,3 % de la population habite à plus de 20 minutes. Ces inégalités affectent notamment les campagnes (par exemple 4 médecins pour 1 000 habitants en Île-de-France contre 2,6 en Picardie) et pourraient se dégrader compte-tenu de la pyramide des âges des praticiens. L’accès au numérique est à même de compenser une partie de ces inégalités et de permettre le développement de nouveaux usages et activités. Une partie de la population n’a toutefois pas accès à une offre de qualité. 20 % de la population est toujours située dans une zone blanche du haut débit fixe (type ADSL), 22,4 % n’accède pas à la 4G et plus de 77,6 % au très haut débit fixe (fibre notamment). Ces technologies sont encore limitées aux aires urbaines et aux littoraux et peuvent limiter l’attractivité de certains espaces ruraux.

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Dossier de presse du comité interministériel du 14 septembre 2015 (PDF- 4.8 Mo)

Dossier du comité interministériel du 13 mars 2015 (PDF- 2.4 Mo)

Premier bilan des mesures du 13 mars 2015 (PDF- 5.1 Mo)