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Enjeux

15 septembre 2014 | Mis à jour le 24 décembre 2015

Il faut « créer les conditions d’un acte fondateur, pour renouveler la présence de l’État, pour reconstruire les liens entre les villes et les campagnes et pour donner aux territoires ruraux les moyens de leur développement propre » (Manuel Valls, Premier ministre, 17 juillet 2014, Sénat).

La France traverse une crise qui n’épargne pas les territoires ruraux et y a pris des formes particulières. Une crise économique et sociale, qui met en cause la capacité des politiques publiques à répondre aux difficultés d’emploi, aux problèmes d’accès aux services publics, mais il s’agit surtout d’une crise de l’identité de ces territoires.

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Appréhender « les ruralités » dans leur diversité

Les assises porteront sur les ruralités et non pas sur la ruralité. Aujourd’hui, il n’est plus possible d’avoir une approche unique et uniforme de ces territoires, comme l’ont rappelé de nombreux travaux réalisés ces dernières années par des élus locaux, des parlementaires et des intellectuels impliqués sur ce sujet.

En 2014, les territoires de faible densité connaissent en effet des situations et des dynamiques très différenciées, selon leur localisation géographique, leur distance aux grandes agglomérations, leur tissu économique, leur histoire et leur profil sociologique, mais aussi leur degré d’urbanisation et de relation aux villes.

  • sociales : grande homogénéisation des cultures, des modes de vie et des attentes des Français, en particulier en termes de services publics et marchands (santé, éducation, accès à l’emploi, au numérique, commerces...), d’habitudes de consommation, de niveaux d’équipements et de parcours de vie ;
  • économiques : concentration des activités dans les villes et leur aire d’influence et diminution du nombre d’emplois agricoles et industriels dans les espaces de faible densité de population ;
  • spatiales : éloignement des lieux de vie et de travail, lié en particulier aux restructurations du tissu économique (notamment dans les anciens bassins industriels en milieu rural), augmentation généralisée des déplacements pour tous motifs (travail, études, loisirs, famille, etc.), dispersion de l’habitat au sein des communes (zones pavillonnaires, centres anciens, etc.) ;
  • fonctionnelles : « spécialisation » résidentielle de nombreuses communes rurales, par disparition des activités économiques ou par attractivité récente pour les ménages aux abords des grandes agglomérations.

Sortir du clivage urbain-rural

Pour autant, il n’y a pas d’un côté 95% d’habitants au mode de vie urbain et 5% d’habitants « ruraux » dans seulement 7 400 communes : la réalité de la France se compose, en effet, d’une grande diversité de situations d’habitants, des plus urbanisés (appelés périurbains), au moins urbanisés (suburbains ou hyper-ruraux).

Le développement des territoires implique désormais de nombreuses interdépendances entre les types d’espaces : déplacements domicile-travail, lieux d’études, réseaux économiques et scientifiques, transferts de revenus (productifs, sociaux, touristiques...), migrations familiales...

La notion de « ruralité » au singulier n’est donc plus opérante et pour comprendre et agir sur les ruralités aujourd’hui, il est nécessaire de sortir du clivage urbain-rural.

Pour illustrer cette diversité, une typologie* des campagnes françaises en 3 grandes catégories a été élaborée récemment par le Commissariat général à l’égalité des territoires :

  • les territoires sous l’influence forte et croissante des villes, qui se densifient, enregistrent une croissance résidentielle de modérée à forte, avec l’arrivée de populations plutôt jeunes, diplômées et actives, et qui connaissent une forte dynamique économique (16,6 millions d’habitants, 26,4% de la population française) ;
  • les territoires agricoles et industriels, peu denses, dont la dynamique démographique est fortement liée à celle des villes, parfois éloignées, qui structurent l’espace (avec une situation moins favorable dans l’est que dans l’ouest de la France), et qui présentent un taux de chômage élevé et une faible croissance des emplois (5,7 millions d’habitants), des zones, notamment en montagne avec une part importante de l’économie touristique (5,3 millions d’habitants, 9% de la population) ;
  • les territoires de très faible densité ou « hyper ruraux » qui connaissent depuis quelques années un brassage, et pour certaines un regain démographique, mais n’échappent pas à un fort vieillissement et à une tendance à la paupérisation des populations qui y vivent, l’économie de ces territoires restant dominée par les activités agricoles et agroalimentaire, avec dans certaines zones, notamment en montagne, une part importante de l’économie touristique (5,3 millions d’habitants, 8,4% de la population).

* Typologie établie dans le cadre d’une étude conduite par la Datar confiée au CESAER/théMa/Cemagref publiée en 2012. Elle tient compte de toutes les communes n’appartenant pas à une unité urbaine de plus de 10 000 emplois. Elle s’appuie sur des critères démographiques, économiques, sociaux et environnementaux, paysagers.

A retenir :

Ces nouvelles ruralités sont contrastées et leurs trajectoires, passées et possibles, sont très différenciées.

Leurs habitants sont, dans les faits, bien plus nombreux et divers : plus de 27 millions d’habitants, soit près de 44% de la population française, qui vivent dans plus de 33 000 communes, soit plus de 82% d’entre elles.

Le programme de prospective Territoires 2040 porté par le CGET (initié par la Datar) illustre les nombreux scénarii envisageables et l’idée d’un futur largement ouvert.

Des ruralités multiples

Les territoires ruraux sont engagés dans une transformation en profondeur qui dynamise certains et qui fragilise d’autres. Il n’y a plus une France rurale, mais des ruralités multiples : territoires périurbains sous l’influence d’une grande ville, zones agricoles et industrielles en mutation, ou encore hyper-rurales.

Pour répondre aux interrogations des territoires ruraux, dans leur diversité, il faut d’abord reconnaître ces profondes mutations. Les attentes et les conditions de vie des Français qui y résident et y travaillent ont évolué, sous l’effet de l’urbanisation, d’un peuplement dynamique, de l’évolution du tissu économique. L’essor du numérique et l’insertion dans de nouveaux réseaux ont créé de nouvelles opportunités, mais a également ouvert de nouvelles fractures.

Trois objectifs pour une nouvelle politique des ruralités

Combattre le sentiment de relégation, répondre aux défis des nouvelles ruralités, montrer que les territoires ruraux sont un atout pour le développement de la France, c’est autour de ces trois objectifs que le gouvernement entend construire une politique renouvelée pour les ruralités.

Ces Assises doivent poser l’acte fondateur de cette nouvelle politique ; un acte, construit avec les élus locaux, pour exprimer une ambition pour les ruralités. Elles doivent permettre de réunir les moyens nécessaires pour que les territoires ruraux construisent leur développement.

Les ruralités, territoires d’opportunités

Les territoires ruraux ont en commun un potentiel et une vitalité qui se traduisent dans nombre d’initiatives et de projets innovants. En mobilisant l’ensemble de leurs ressources (investissement local, qualités environnementales, capital humain), ils disposent d’un réservoir d’opportunités indispensables au développement et au redressement de notre pays.

Les Assises s’articuleront avec la réforme territoriale engagée par la Ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique et par le Secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale, et la réforme nécessaire de l’organisation territoriale de l’Etat que construit le Ministre de l’Intérieur.

Le gouvernement a pour ambition de développer une politique des ruralités renouvelée, volontariste et positive permettant de rompre avec la logique d’opposition entre urbain et rural qui a trop longtemps prévalu. Il est temps de mettre en place un système de coopération renforcé entre territoires porteurs d’innovation où l’Etat est le garant de la cohésion de l’espace national.

Les Assises se dérouleront sous la forme d’ateliers territoriaux organisés sous l’égide de la Ministre du Logement et de l’Egalité des territoires et de la Ruralité. Il s’agira, à l’occasion de chacun de ces ateliers, de donner la parole à des acteurs de terrain, des élus ou encore des représentants d’association. Les parlementaires seront étroitement associés à la démarche et y apporteront leur contribution. Chacun des ateliers sera par ailleurs copiloté par des élus et associera des personnalités issues du monde économique, associatif ou universitaire.

Dossier de presse du comité interministériel du 14 septembre 2015 (PDF- 4.8 Mo)

Dossier du comité interministériel du 13 mars 2015 (PDF- 2.4 Mo)

Premier bilan des mesures du 13 mars 2015 (PDF- 5.1 Mo)