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Cécile Duflot : "Le Grand Paris de demain sera un Grand Paris durable ou ne sera pas"

13 février 2014 | Mis à jour le 4 mars 2014

Cécile Duflot a clos le premier Forum Grand Paris, organisé le 13 février 2014 sur le thème "Innover pour réussir". Retour sur son discours de clôture.


Monsieur le Président de Paris Île-de-France Capitale Economique,
Mesdames, Messieurs,

C’est un grand plaisir pour moi d’être parmi vous aujourd’hui à l’occasion de votre premier Forum Grand Paris sur le thème : « Innover pour réussir ».
Votre rendez-vous est devenu au fur et à mesure des dernières années un lieu incontournable de la construction de notre Région Capitale et de l’échange entre les acteurs qui la font vivre et grandir. L’an dernier, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, était venu devant vous tracer les perspectives qui nous ont conduit à l’accord du 6 mars. C’est ici qu’il était venu dire sa volonté de confirmer, de financer et d’amplifier le projet du Grand Paris. J’y reviendrai plus tard, mais nous sommes parvenus dans des délais rapides à rassurer et à garantir la construction d’un réseau de transports à la hauteur des enjeux pour une métropole du XXIe siècle.
Cette année, c’est à moi que revient l’honneur de vous dire que plus que jamais le Gouvernement est mobilisé pour réussir le défi du Grand Paris. Plus que jamais l’ouvrage du Grand Paris se trouve au centre du métier. Notre métropole affronte des défis multiples et diverses, face auquel aucun accomplissement n’est jamais à lui seul un aboutissement. Le défi est immense. L’urgence est là.

Vous en posez par l’intitulé même de cette conférence les enjeux. Innover sera la condition essentielle et nécessaire pour répondre au défi que nous pose le Grand Paris. Aucun modèle préfabriqué ou pré-formaté ne saurait répondre seul aux attentes. Paris, plus que toute autre métropole, a son caractère, son originalité, sa spécificité. Et c’est riche de celle-ci que nous devons la bâtir. Walter Benjamin, qui nous livra de très belles pages sur notre capitale, écrivait ainsi « chaque époque rêve de la suivante ». Alors, l’enjeu pour notre région n’est autre que celui de faire vivre le rêve de la ville de demain dans la métropole d’aujourd’hui.
L’enjeu d’un développement harmonieux de l’Île-de-France est crucial. Crucial pour les 12 millions d’habitants qui y vivent. Crucial pour l’économie française. Crucial pour l’environnement. Crucial pour la vision que nous avons de notre pays, de sa cohésion sociale et de son devenir.
Les conditions de vie dans la métropole francilienne ne sont actuellement pas satisfaisantes. Les prix de l’immobilier sont trop élevés et grèvent notre compétitivité. La spécialisation des territoires et la ségrégation entre territoires aisés et paupérisés menace la cohésion sociale et l’équilibre économique. L’étalement urbain allonge les déplacements domicile-travail, nuit à l’environnement et pénalise les salariés. Les déplacements demeurent une source quotidienne de stress et de temps perdu. L’environnement a été malmené par des incohérences répétées dans les projets d’aménagement.
Le Grand Paris de demain sera un Grand Paris durable ou ne sera pas. Nous devons sortir des logiques de court-terme et mettre de la cohérence et de l’unité dans notre vision de la ville. Nous devons cesser d’opposer bien-être des habitants et performance économique. Nous devons faire la preuve qu’il est possible de bien vivre dans une aire métropolitaine de 12 millions d’habitants. Les classements internationaux le montrent : les villes les plus attractives sont celles qui allient d’une part intensité urbaine, c’est-à-dire l’ensemble des services, des équipements et des aménités offerts par la densité, et d’autre part un cadre naturel valorisé.
Le gouvernement n’a pas chômé en 2013 pour être au rendez-vous d’un Grand Paris à la hauteur des enjeux.
Tout d’abord, la loi d’affirmation des métropoles promulguée il y a quelques semaines fera émerger au 1er Janvier 2016 la Métropole du Grand Paris, qui mettra demain en cohérence les projets de territoire. Le chantier de préfiguration est immense, car il s’agit ni plus, ni moins, que de bouleverser des habitudes acquises depuis le XIXe siècle. J’entends le trouble et l’inquiétude, mais je tiens à rassurer chacun, l’Etat sera au rendez-vous pour que cela s’accomplisse avec les élus et avec les citoyens, au service d’une seule ambition : le développement de la Région Capitale.
Concernant l’amélioration des conditions de déplacement, le Nouveau Grand Paris des transports est sur les rails, si vous me permettez ce jeu de mots. La feuille de route fixée par le Premier ministre l’année dernière est mise en œuvre conformément au calendrier prévu et les financements sont sécurisés. Le premier tronçon de la nouvelle ligne 15 du métro Grand Paris Express vient de recevoir un avis favorable unanime de la commission d’enquête publique, permettant l’engagement des travaux par la Société du Grand Paris en 2015 en vue d’une mise en service en 2020. La réalisation d’ici à 2030 des 200 kilomètres de nouvelles lignes de métro du Grand Paris Express et les améliorations et extensions qui seront apportées aux réseaux existants représentent un investissement de plus de 32 milliards d’Euros. Il s’agit du plus important investissement public dans l’amélioration des transports en commun franciliens depuis la réalisation des RER dans les années 60 !
Après les transports en 2013, le Gouvernement a décidé de se saisir en 2014 de la question de la crise du logement en Île-de-France. Nous voulons désormais faire naître le Grand Paris de l’Aménagement du Logement.
Le constat, vous le connaissez. Depuis maintenant plusieurs années, les pouvoirs publics se fixent un objectif ambitieux : construire 70 000 logements par an. Ce chiffre n’est pas un hasard. Il vise à répondre aux besoins de la population actuelle en matière de logement et à faire face à la croissance démographique de notre métropole. Pourtant, nous continuons difficilement à produire moins de 40 000 logements par an. Il nous faut donc réussir un véritable saut quantitatif dans la production de logement.
Mais il ne s’agit pas seulement de produire davantage, il s’agit aussi de produire mieux. Nous devons parvenir à baisser durablement le coût de l’immobilier afin de réduire son poids dans le budget des ménages et dans les charges des entreprises Nous devons briser les phénomènes de ghettoïsation en cours en recréant de la mixité sociale partout et pour tous. Enfin, nous devons faire naître la ville durable attendue au niveau international.
Sans préjuger ni des capacités ni des connaissances de chacun, je ne crois plus que le marché seul avec les collectivités seules peut parvenir à atteindre cet objectif ambitieux. Notre région capitale n’est pas un territoire comme les autres. Face à des défis immenses, il exige des réponses exceptionnelles. C’est pourquoi, je suis convaincue que l’Etat doit-être au rendez-vous. Mais il ne s’agit pas de réhabiliter un Etat qui fait tout et qui fait mal. Il ne s’agit pas de vanter les mérites d’un Etat qui ferait à place des uns ou des autres, sans connaître la valeur de chaque territoire et de ses acteurs. L’Etat doit être au rendez-vous, comme un appui, comme un support et comme un accompagnateur.
Un Etat stratège qui n’abuse pas des deniers publics, mais sait les utiliser de manière pertinente, tel est l’objectif que je nous assigne. Un Etat au rendez-vous, c’est un Etat qui mobilise tous ses moyens au service d’une même ambition. Un Etat au rendez-vous, c’est aussi un Etat qui ne pratique plus la politique de l’excuse ou de la défausse mais qui se considère comme responsable du succès de la construction de logement dans la Région Capitale.
Pour concrétiser cette ambition, nous allons nous appuyer sur trois leviers. Tout d’abord, nous voulons doter l’Etat d’une stratégie : celle d’un choc foncier. Ensuite, nous proposons une méthode : le contrat avec les collectivités. Enfin, nous mettrons à disposition un moyen : un outil d’aménagement rationalisé et modernisé. Tout cela sera tendu vers un objectif : la ville durable. 
Notre stratégie c’est tout d’abord de réussir le « choc foncier ». En Île-de-France, encore plus qu’ailleurs, le foncier se fait rare et cher. Parce qu’il est trop petit ou mal utilisé, le foncier qui reste disponible pour le marché n’est pas à la hauteur des projets que conçoivent promoteurs, architectes, élus et urbanistes. Pour cela, nous devons libérer du foncier en quantité considérable et nous devons aussi ouvrir une réflexion d’ampleur sur les usages du foncier. Pour réussir, une ville intense, dense et durable, nous devons savoir utiliser chaque territoire de la manière la plus pertinente et mettre fin au gaspillage de l’espace.

Une première étape a été ouverte avec la mobilisation du foncier public. Une première liste a été publiée, une autre le sera dans les semaines qui viennent. Cela donnera un souffle nouveau à des projets de construction. Je signerai d’ailleurs une nouvelle cession dès la semaine prochaine.
Mais cela ne suffira pas, nous devons repenser l’usage des 4 millions de m² de bureaux vacants en Île-de-France, dont certains sont totalement obsolètes en termes de conception architecturale et de performance environnementale. Ils pourraient être utilement transformés en logements. De même, il doit être possible d’imaginer un meilleur usage de l’espace pour les centaines d’hectares de parkings de grands centres commerciaux datant de l’ère du « tout automobile ». Et n’oublions pas que les bâtiments existants recèlent des potentiels importants de densification par surélévation ou construction en fond de parcelle.
Les outils juridiques peuvent dès maintenant être utilisés. Le choc de simplification voulu par le Président de la République a été mis en œuvre. Le Gouvernement a pris à l’automne des ordonnances pour faciliter toutes ces transformations, accélérer et sécuriser juridiquement les procédures et j’entends continuer à travailler avec l’ensemble des acteurs concernés pour prendre toutes les mesures qui s’avéreraient encore nécessaires. Nous pouvons aller plus vite, sans porter atteinte à la concertation avec les citoyens et à la qualité des projets. Ainsi, nous avons agi contre les recours abusifs qui venaient alimenter la spéculation et mettaient en danger des projets ambitieux.
Notre méthode, c’est le contrat avec les collectivités. Elle n’est pas l’apanage de ce gouvernement et a été créée utilement avec le Contrat de Développement Territorial. Les premiers sont signés, sous l’égide du Préfet de Région, et ce travail continue. Je souhaite qu’il soit généralisé et que dans chacun l’Etat convienne avec les collectivités des objectifs de construction de logements. L’Etat appuiera financièrement les collectivités dans la réalisation des équipements publics rendus nécessaires par les projets d’aménagement, telles que les écoles. La Caisse des Dépôts et Consignations sera également mobilisée à cet effet. Cette aide aux maires bâtisseurs viendra encourager les élus volontaires et inciter celles et ceux qui hésitent. Mais le contrat devra se tenir dans les deux sens : tout doit être fait pour aider les collectivités, mais les collectivités ne pourront pas renâcler devant l’effort, au risque de voir l’Etat se substituer à leur action. L’urgence de la situation impose une action déterminée.
Enfin, il nous faut un outil : c’est le sens de la création de « Grand Paris Aménagement ». Il faudra redéfinir les périmètres opérationnels et les modalités d’intervention de l’Etat dans l’aménagement du Grand Paris. Les outils seront modernisés afin de construire davantage et de s’adapter au nouveau cadre institutionnel issu de la loi de décentralisation. Mais nous ne sommes heureusement plus à l’époque où l’Etat, en la personne de Paul Delouvrier, pouvait décider de créer des villes nouvelles où bon lui semblait. La décentralisation est passée par là et la future Métropole du Grand Paris et les nouvelles agglomérations de grande couronne disposeront de l’ensemble des compétences pour mener une politique active en faveur de l’aménagement et de la construction de logements.

Je terminerai en traçant notre ligne d’horizon : au niveau français comme mondial, notre horizon doit être la ville durable. C’est le sens de l’engagement du gouvernement. Nous devons faire la preuve que le mot « densité » peut être synonyme de confort et d’espace.
Les enjeux sont immenses. Ceux de la transition énergétique d’abord. Je sais que vous avez eu ce matin une table-ronde sur l’efficacité énergétique et les « smart cities ». Le secteur du bâtiment représente 43% des consommations énergétiques nationales. La diminution de l’empreinte carbone des activités humaines, à commencer par l’habitat, passera nécessairement par un recours accru aux énergies renouvelables. La géothermie et le solaire sont donc promis à un bel avenir et j’en appelle au savoir-faire de vos entreprises pour investir pleinement ces secteurs au fort potentiel de développement et proposer des solutions viables aux plans technique et financier. Je suis convaincue que le déploiement des dispositifs de pilotage des consommations énergétiques est notre prochain défi à relever. Je ne doute pas que la créativité de vos entreprises permettra d’apporter des réponses à ces défis technologiques.
Vous avez une grande responsabilité dans l’invention de la ville intelligente, durable et solidaire de demain. C’est pourquoi je tiens à remercier Paris Ile-de-France Capitale Economique pour son action efficace de valorisation des atouts de la métropole parisienne auprès des investisseurs. Faisons connaître les atouts des territoires qui constituent le Grand Paris, à l’image des projets sur la ville durable qui se développent à Marne-la-Vallée et qui vous ont été présentés il y a quelques minutes. Je salue d’ailleurs la présence parmi nous de Roland Peylet, qui a été chargé par le Premier ministre d’une mission sur la ville durable et sur la préfiguration de l’Institut qui pourra fédérer l’ensemble des parties prenantes autour de cette thématique.
Je profite enfin de l’occasion qui m’est offerte de m’exprimer devant vous pour évoquer le Solar Decathlon, cette compétition internationale ouverte aux grandes écoles et universités du monde entier pour construire une maison solaire autonome en énergie. Nous aurons l’honneur d’accueillir cette compétition en France du 27 juin au 14 juillet prochain dans le parc de Versailles. Il s’agira d’une superbe vitrine des possibilités techniques et des talents des ingénieurs et architectes de demain ! Ce doit également être un carrefour de l’innovation, un lieu de rencontre fertile entre chercheurs et entreprises. C’est votre mobilisation pour cet événement qui garantira sa réussite.
Vous l’aurez compris, je suis optimiste et confiante sur notre capacité collective à relever ces défis. Je suis convaincue que Paris, dont l’urbanisme et le dynamisme ont inspiré la plupart des grandes villes du monde à la fin du XIXème siècle, peut, grâce au Grand Paris, inventer des solutions adaptées aux enjeux des grandes métropoles mondiales. Et rien de tout cela n’adviendra sans votre implication.

Je vous remercie pour votre attention.

Le discours : 1er Forum de Paris Île-de-France Capitale Economique « Innover pour réussir » (PDF- 135.6 ko)